L’amour est ce qui reste lorsqu’on aura tout oublié.


Le Bénin, dans le paysage africain, s’érige de plus en plus comme cet eldorado-incubateur où de nouvelles façons d’approcher la culture prennent forme et s’établissent comme des inspirations potentielles pour tout un continent. Cette période d’immersion au Bénin a pris la forme d’un temps d’écoute, d’observation et d’expérimentation, permettant à ma recherche artistique de se confronter à un contexte historique et symbolique d’une densité particulière.

Dans la série L’amour est ce qui reste lorsqu’on aura tout oublié, Nuits Balnéaires déploie un ensemble d’images qui s’entremêlent comme un tissu de réminiscences. L’artiste y convoque sa terre d’origine ainsi que les correspondances sensibles qu’il retrouve dans certaines références culturelles, textures et matériaux, en écho aux paysages du Bénin, constituant autant de strates de mémoire. Il évoque des espaces profondément familiers, le jardin de la maison familiale, les zones forestières et les clairières où règne une paix silencieuse, chemins de ses premiers pas d’humain, son Eden. Ces lieux interrogent l’existence d’un espace primordial potentiellement transmis de génération en génération, l’attachement à la terre et la notion d’un état originel, un état par défaut.

Ces espaces deviennent porteurs d’un imaginaire où se croisent la volupté de l’eau, la piété et l’idée d’un paradis intérieur, points de rencontre entre mémoire intime et mémoire collective. L’artiste y fait surgir l’insouciance de l’enfance avec Car il faut partir et la lune brille, ainsi que les rites et processions populaires avec Jour de fête, image illustrant une procession vers la rivière du village lors de la fête des ignames en pays Agni, où se déploient l’amour amoureux, l’amour transgénérationnel et les gestes de solidarité qui traversent les communautés.

Ces scènes s’entrelacent avec sa perception de la piété comme transcendance de l’amour maternel et familial, observée auprès de sa mère dans ses longues nuits de prière, dont Minuit et Sainte Marie constituent les échos visuels.

Le Trône N’vavilé Bognan 1 nourrit l’imaginaire des héritages en réponse au déplacement et au pillage des objets ancestraux transposés dans les musées occidentaux, dans une tentative de réparer l’absence et le vide laissés derrière eux. Objet imaginaire de la famille N’vavilé de Grand-Bassam, conçu entre la Côte d’Ivoire et le Bénin, il symbolise le règne de la cohésion, de l’harmonie et du lien communautaire. Dans l’installation, il repose sur un bloc de terre d’Abomey.

L’atelier d’encadrement Atila, avec lequel Nuits Balnéaires a étroitement collaboré, s’est affirmé comme un véritable laboratoire d’expérimentation, lui permettant de donner forme à de nouvelles approches de l’encadrement, de travailler le bois et de développer des formats plus expérimentaux, tels que le livre intégré à Jour de fête.

L’ensemble compose ainsi une topographie sensible où chaque œuvre devient une archive du cœur, un fragment d’héritage affectif qui résiste à l’oubli.

Cette série a été présentée dans un ensemble plus large au sein de l’exposition Héritage… Mémoire en mouvement, sous la curation de Cheria Essieke et avec le soutien du programme de résidence Inspiration Bénin au cœur des mondes africains.

Les œuvres de cette série feront également partie de l’exposition Seeing Otherwise à la Galerie Dada (Lagos, Nigeria) à partir du 28 février 2026.